Les menaces qui pèsent sur les singes7 min de lecture

Outre la déforestation et le braconnage, de nombreuses menaces planent sur les singes, mettant en péril la survie de centaines d’espèces de primates dans le monde. Voici les principaux problèmes à l’heure actuelle.

La déforestation

Entre 2000 et 2012, 2,3 millions de kilomètres carrés de forêt dans le monde ont été abattus. Sur les 16 millions de kilomètres carrés d’étendues boisées qui couvraient autrefois la Terre, seulement 6,2 millions restent aujourd’hui. Cette récession impressionnante est la principale menace pour la survie des singes, qui sont généralement arboricoles. Elle a affecté de nombreuses espèces, notamment dans les régions les plus touchées, comme l’Asie du Sud-Est, l’Asie du Sud et l’Océanie.

Sur Bornéo par exemple, les nasiques, dont il ne resterait que 3000 individus, et les orangs-outans, dont la population est passée de 114 000 en 2007 à moins de 33 000 en 2010, sont les premières victimes du recul des forêts. Si ces lieux uniques venaient à disparaître ou se fragmenter davantage, ces deux espèces et de nombreuses autres pourraient s’éteindre dans un futur proche.

 

Les feux de forêt

S’ils peuvent être naturels ou accidentels, voire créés volontairement et légalement pour défricher des terres (la technique du brûlis), les feux de forêt en milieu tropical sont le plus souvent d’origine criminelle. Et ce sont eux qui inquiètent le plus les conservationnistes ces dernières années. Leur ampleur est terrifiante : en 2015 par exemple, près de 10 000 incendies ont été déclenchés sur Sumatra et Bornéo en un seul mois, donnant lieu au plus grand désastre écologique du XXIe siècle.

Des hectares de forêt primaire sont partis en fumée, principalement à cause de fermiers souhaitant étendre leurs terres, ou de grandes compagnies de sylviculture fournissant l’industrie du papier et de l’huile de palme. Les conséquences pour la faune sauvage des régions touchées n’ont toujours pas pu être estimées, mais on sait déjà qu’elles sont catastrophiques. Les orangs-outans, les gibbons et les nasiques, dont les populations sont particulièrement fragiles, pourraient bien disparaître à cause de cette pratique qui se poursuit malheureusement aujourd’hui.

 

La culture des palmiers à huile

L’huile de palme, qui se retrouve dans une immense partie des produits que nous consommons au quotidien, est un marché juteux. La culture du palmier à huile est la première cause de déforestation en Asie du Sud-Est, des hectares de forêt étant coupés ou brûlés chaque jour pour laisser la place à des champs de monoculture qui appauvrissent les sols, détruisent les écosystèmes et ne peuvent pas abriter d’animaux.

Environ 80 % de ces plantations sont situées en Indonésie et en Malaisie, notamment sur le territoire des orangs-outans et des nasiques. Elles devraient encore se développer de 60 % en Indonésie d’après le WWF, menaçant quatre autres millions d’hectares de forêt et les derniers singes qui les habitent. La consommation d’huile de palme devrait doubler d’ici à 2030 et tripler d’ici à 2050, ne laissant que peu d’espoir pour la survie des espèces locales. Elle pourrait même se développer à grande échelle dans d’autres régions du monde, comme l’Amérique du Sud et l’Afrique, menaçant encore d’autres espèces de primates.

 

Le braconnage

Le braconnage est une pratique généralement interdite dans le monde, mais encore très commune. Dans les régions où la nourriture est rare, la population locale se tourne de plus en plus vers la chasse des espèces sauvages pour survivre. La “viande de brousse” est très consommée dans certaines régions d’Afrique et d’Amérique, mettant en danger la survie de plusieurs espèces. Les chimpanzés, les bonobos et les gorilles sont tués pour leur viande, menant à un déclin significatif des populations dans de nombreuses régions du Gabon, du Cameroun ou du Congo. Il en va de même pour les singes laineux gris, les hurleurs noirs ou les capucins bruns au Brésil, au Pérou et en Colombie.

Dans les zones touchées, la déforestation n’est pas aussi galopante qu’en Asie du Sud-Est. Pourtant, bien que l’habitat des grands singes soit relativement préservé, il est peu à peu vidé de ses habitants par les chasseurs. Cette pratique est évidemment illégale, mais les contrôles sont faibles, voire inexistants, et le problème vient avant tout de l’immense misère qui accable une grande partie de l’Amazonie et de l’Afrique équatoriale.

 

Le trafic d’animaux

Les singes sont victimes d’un trafic international pour deux raisons majeures : ils peuvent être vendus comme animaux de compagnie, ou servir à fabriquer des remèdes pour la pharmacopée traditionnelle. Souvent, les primates destinés aux particuliers amateurs d’animaux exotiques sont des jeunes issus du braconnage : alors que leur mère a été abattue pour sa viande, les petits ont été trouvés par les chasseurs puis vendus au marché noir. Ces pratiques sont courantes dans de nombreuses régions d’Amérique, d’Afrique ou d’Asie, menaçant entre autres les bonobos, les chimpanzés ou les capucins. En France, 50 macaques acquis de manière illégale au Maroc sont saisis chaque année. Quant à la pharmacopée, souvent chinoise mais parfois indigène, elle utilise des parties de l’anatomie des singes réputées avoir des vertus médicinales pour en faire des remèdes commercialisés illégalement. Plus d’une centaine d’espèces de primates seraient menacées par les médecines traditionnelles, selon un rapport de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction.

 

Les constructions humaines

La déforestation pour l’agriculture est la principale menace pour les primates, mais les humains empiètent également sur l’habitat des singes pour d’autres raisons. L’UICN estime que 2 à 13 % des espèces de primates sont menacées par la construction de routes et de voies ferrées, ainsi que par l’industrie minière. Plus les hommes sont proches des singes, plus les menaces indirectes émergent, comme la pollution et le dérèglement climatique dus aux activités humaines et la disparition des forêts.

L’industrie minière a à elle seule détruit une grande partie des forêts d’Afrique centrale, d’Amazonie et d’Asie du Sud-Est, et elle s’accompagne souvent d’une augmentation du braconnage pour nourrir les hommes qui avancent toujours plus profondément dans les forêts, y compris celles qui sont protégées.

 

Les maladies

De nombreux virus et autres pathologies affectent les singes dans le monde. Le problème est aggravé par la fragmentation grandissante de leur habitat, les petites populations isolées étant décimées rapidement. Si certaines maladies ont  une origine naturelle dans l’environnement chaud et humide des forêts tropicales, d’autres sont amenées par les hommes, habitants ou touristes. De nombreux virus se transmettent en effet d’homme à singe par l’air, sans même qu’un contact soit nécessaire.

Les macaques du Japon sont ainsi touchés depuis quelques années par des épidémies d’une maladie hémorragique mystérieuse, tandis que la fièvre d’Ebola est une menace importante pour les chimpanzés, les gorilles (elle aurait déjà tué un tiers d’entre eux) et d’autres primates en Afrique. La transmission marchant dans les deux sens, les hommes peuvent tomber malades en mangeant de la viande de brousse infectée et propager les maladies. Heureusement, dans le cas d’Ebola, un vaccin a été administré à des chimpanzés captifs avec succès, ouvrant la voie à une possible campagne de vaccination dans la nature.

 

La guerre

Ces 60 dernières années, plus des deux tiers des points chauds de la biodiversité dans le monde ont été le théâtre de conflits armés. Leurs conséquences sur la nature sont nombreuses, allant de la destruction directe aux problèmes plus indirects, dus notamment aux déplacements de populations humaines.

Le parc national de Virunga par exemple, situé entre le Rwanda – qui a connu un terrible génocide – et le Congo, déchiré au même moment par la guerre civile, abrite quelques centaines de gorilles de montagne. Il est malheureusement devenu un champ de bataille pour les milices et pour l’armée congolaise, menaçant les gorilles de disparition. La guerre a également pour conséquence d’affamer les hommes, qui se tournent de plus en plus vers la viande de brousse pour se nourrir, et de favoriser la prolifération des maladies qui peuvent se transmettre entre hommes et singes.

 

Par Camille Oger

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