Une nouvelle espèce de corail “dentelle” a été découverte au Brésil4 min de lecture

Flavia Nunes, chercheuse, scientifique à l'Ifremer nous parle du corail brésilien “stylaster roseus”.

Ce petit corail dentelle rose est bien entouré, certainement par sa famille. Le corail dentelle ne se disperse pas très loin et s’installe souvent à côté de ses proches – au contraire de ses cousins, les coraux constructeurs de récifs, qui peuvent se disperser à de grandes distances grâce à leurs larves.

En restant toujours proche de chez soi, chaque population de corail dentelle finit par se reproduire avec un cercle restreint. En restant isolée, une population peut devenir une nouvelle espèce au cours du temps. C’est le cas pour le corail dentelle rose des côtes du Brésil, dont une espèce jusqu’alors inconnue vient d’être identifiée dans une étude récemment publiée dans la revue Coral Reefs.

Les récifs coralliens sont des « hotspots » de biodiversité : ils abritent des milliers d’espèces dans les petites fissures et crevasses du récif. Les coraux dentelle contribuent à cette diversité en favorisant l’installation d’espèces associées.

Comment naissent les nouvelles espèces de coraux ?

Pour comprendre l’évolution des coraux dentelle dans l’Atlantique, nous avons étudié 18 populations de corail dentelle aux Caraïbes, au Brésil et en Afrique. De façon remarquable, chaque population avait ses propres variantes génétiques, assez éloignées les unes des autres. Pour arriver à une telle différentiation génétique, très peu d’échanges de larves ou d’individus doit avoir eu lieu.

Dans le milieu marin, de nombreux organismes restent connectés aux autres membres de leur tribu par la dispersion des larves. De nombreux organismes peuvent émettre leurs cellules reproductrices dans la colonne d’eau, leur permettant de se reproduire avec des individus qui ne sont pas nécessairement à proximité. Les larves se développent alors dans la colonne d’eau et peuvent nager pendant plusieurs jours à plusieurs semaines, atterrissant parfois à des centaines de kilomètres de leur récif d’origine. Lorsqu’ils deviendront adultes, ils se reproduiront probablement avec des individus venus d’ailleurs. C’est de cette manière que les coraux durs se reproduisent : des populations séparées par des centaines de kilomètres maintiennent une « connectivité » et sont génétiquement similaires.

Les larves de coraux de dentelle rampent, mais ne nagent pas

Les coraux dentelle, eux, ne se reproduisent pas de cette manière. Jusqu’à présent, le comportement reproducteur de seulement quelques espèces de coraux dentelle ont été étudiées. Ce que l’on sait, c’est que la fécondation est interne, et non pas dans la colonne d’eau. Une fois que les œufs fécondés ont éclos et qu’une larve est prête à quitter son géniteur, elle ne nage pas. Elle rampe… ce qui limite la distance parcourue. La plupart des larves s’installent ainsi dans le récif d’origine, parfois même tout à côté de ses géniteurs.

Ce manque de connectivité, ou d’échange de larves et d’individus entre les populations, est exactement ce qui conduit à l’isolement nécessaire à l’origine de nouvelles espèces. Sans échange d’informations génétiques, chaque tribu devient de plus en plus différente au fil du temps, jusqu’à ce qu’elles ne n’appartiennent plus à la la même espèce, et ne peuvent plus se reproduire entre elles.

Malgré sa ressemblance au corail dentelle rose des Caraïbes, celui des côtes du Brésil est si différent qu’il devrait être considéré comme une nouvelle espèce.

À l’aide d’une « horloge moléculaire » – une technique qui permet d’estimer le temps écoulé entre deux espèces en comptant le nombre de mutations entre elles – il est estimé que les coraux dentelle rose des Caraïbes et du Brésil sont devenus des espèces distinctes il y a environ onze millions d’années, à peu près au moment de la création du fleuve Amazone. Compte tenu du peu d’échanges observés pour le corail dentelle rose, si le mode de reproduction est similaire chez d’autres espèces, il est probable que de nombreuses autres espèces « cachées » soient à découvrir.The Conversation

Flavia Nunes, Chercheuse, scientifique, Ifremer

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.